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Semblances

Publié le par Celes

Ces derniers temps j'ai quelques nouveaux suivis. J'ai donc enchainé les premiers entretiens, les premiers contacts avec ces personnes.

J'ai ressenti un vrai intérêt pour elles. Qui m'a un peu étonnée. Je m'attendais à ce que mon empathie en berne, la lassitude et ma froideur m'anesthésient encore devant ces "cas" de plus.
Mais comment on peut vraiment écouter ses histoires de vie et ne pas avoir envie d'écouter encore?
Et comment on peut se sentir autre que ces personnes? Comme si nous conseillers nous évoluions dans une réalité différente, qui ne croise jamais la leur?
Et ça fait peur, et en même temps on se sent exister d'écouter leurs expériences car elles résonnent avec les notres.
Et ce temps consacré à une écoute étrangement fascinée m'a semblé m'apporter autant à moi à ma place que ce que j'ai pu apporter.

Tout ça doit sembler peu clair pour les gens qui ne font pas ce genre de métier, C'est un boulot tout plein d'une solitude étrange malgrès les contacts humains. Ou tout comme sur internet, chacun porte un masque et les relations sont virtuelles.
A nous conseillers de veiller à ce que toujours cette relation reste distante, professionnelle, neutre. Sinon c'est la faute, la gravissime erreur, on sombre dans le tabou.
J'adhère à ce concept. Nous le faisons tous je crois, nous respectons cette distance plus ou moins bien mais de notre mieux.
Parce que c'est presque une question d'existence. Un pompier n'irait pas au feu sans sa combinaison, nous on ne parle pas à un suivi sans rentrer dans notre personnage. Je pourrais être un numéro (je ne suis déjà plus que Cip2 pour mon employeur) que cela ne poserait pas de problème. Je n'ai pas d'existence réelle, pas de projet, pas de problemes de voiture, pas de souci d'argent, pas de famille. Je suis juste une conseillère. C'est tout ce qu'il est nécessaire de laisser filtrer comme information pour travailler efficacement.

Notre humanité ne perce que dans ces moments où nous sommes entre nous, conseillers. Ou nous nous interrogeons sous toutes les coutures, avec un vrai intérêt, comme des archéologues devant des os même déjà vus mille fois. Nous consacrons du temps à nous écouter les uns les autres, à parler de nos vies, de nos envies, de nos doutes, de nos métiers surtout mais pas seulement.

Au sein de nos bureaux, nous éteignons cette lumière et redevenons des professionnels.
Et dans cette position, ces derniers jours, je me suis sentie vivre autant grace à ces quelques nouvelles personnes que grace à ces moments de partage avec mes collegues.

Peut-être que je commence à toucher du doigts des choses que je n'ai pas su comprendre jusque là dans mon métier... Ou peut-être que je commence à ne plus tout comprendre.






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